Je soulève le rideau d’une main

Je soulève le rideau d’une main

Je soulève le rideau d’une main

Le carreau est cassé

Rapiécé

Un peu comme moi

Derrière ma fenêtre

J’observe ma rue

Elle me dévoile un bout du monde

Il est petit mais c’est le mien

Celui d’une vieille femme

Seule

De temps en temps mon chat me rejoint

Nous regardons à deux la vie passer

Moi

Je me souviens

Lui

Ronronne

J’oublie ma solitude

Mes misères passées

J’oublie que parfois j’ai un peu peur

Du lendemain

De mes douleurs

De ce monde qui va trop vite

Et que je ne comprends plus

On était si bien dans le temps

J’étais jeune pleine de vie un peu coquette

On me disait jolie

Les hommes me regardaient

Vous savez

On prenait le temps

Beaucoup de temps

De naître de jouer de grandir de flirter et de s’aimer

Rien ne pressait

On rencontrait ses voisins

Vous savez

Parfois

J’aimerais arrêter un peu le temps

Et même oser la marche arrière

Pour discuter chanter jouer

Redire à ceux que j’aimais combien ils ont compté

Redire que l’essentiel peut-être dans le bonheur d’un instant

Redire qu’il est important

De vivre une partie de ses rêves

Maintenant

Il y a cette vitre entre moi et le monde

Je suis seule ridée

Un peu oubliée de mes semblables

Mais c’est la faute à personne

C’est la vieillesse qui veut ça

Elle nous efface tout doucement

Vous croyez à l’après ?

Moi je ne sais pas

Peut-être qu’il y aura un nouveau bonheur

Peut-être que je retrouverai tous ceux que j’ai aimés

Peut-être dit-elle…

Une larme coule

Solitaire

Peut-être…

Elle réajuste ses rideaux

Caresse son chat

Peut-être dit-elle…

En souriant

Pascal Colon - Zest Bleu