Un jour, quelque part, un promeneur rejoint à pas indolents l’atelier d’un peintre. Il se pose, puis s’efface dans le décor.
Le peintre allume ventilateur, lumière, ouvre les volets, parcourt d’un regard ses toiles posées, çà et là, contre un mur gris délavé. Il enlève un drap pour dégager une toile. Il décide du type de peinture dont il habillera ses émotions du matin. Ses couleurs, se mêlent, giclent, s’éparpillent, compagnes de cette solitude créative. Chaque coup de spatule sur la toile devient un défi, lancé aux yeux des hommes. La main crée, invite les tendresses trop longtemps contenues. C’est une femme, mille femmes, qui sur la toile se redressent, lançant de la terre, cris, rires, plaintes, contre les vents du néant. Unis, peintre et femmes clament que la liberté de vivre et de penser n’est pas négociable., qu’il faut ouvrir les cœurs à tout ce qui embellit le monde.
Des heures durant le peintre s’absente. Il rejoint son univers, peuplé d’émotions, d’idées, de rêves et de voyages lointains. Entre là-bas et ici, il revisite la patine du temps. Il se souvient des chants d’allégresse quand revient la paix, des regards arc-en-ciel quand l’amour est reconnu. Des solitudes dispersées sur de vieux voiliers blancs. Ses muses avec lui prennent le large, vont là où il n’y a ni début ni fin, juste ces ondes qui glissent entre rouge et bleu. Parfois le chant d’une sirène fige sa main, le pinceau hésite. Vais-je réussir à peindre l’amour, l’espoir, l’avenir. Le rouge s’intensifie, laissant le visiteur en décider.

